1. Qu’est-ce que l’autoconsommation collective ?
L’autoconsommation collective, ou ACC, permet à un ou plusieurs producteurs de partager une production d’électricité avec plusieurs consommateurs situés dans un périmètre réglementaire défini.
Les principales formes d’opération
Une même entité produit et consomme sur plusieurs sites : commune, entreprise multi-sites, patrimoine immobilier, etc.
Plusieurs personnes ou entreprises différentes achètent ou reçoivent une électricité produite localement.
Un bailleur peut partager une production avec ses locataires dans le cadre spécifique prévu par le Code de l’énergie.
Un producteur peut d’abord consommer sur son propre site puis affecter une partie de la production disponible à l’opération collective, sous réserve du montage retenu.
2. Comment fonctionne une opération ACC ?
Production
Une ou plusieurs installations produisent de l’électricité.
Comptage
Les compteurs mesurent production et consommations.
Répartition
La production est répartie selon les coefficients définis.
Complément
Le fournisseur habituel fournit ce que l’ACC ne couvre pas.
Le consommateur conserve donc son contrat de fourniture pour son complément. S’il n’y a pas assez de soleil, il continue à être alimenté normalement.
Production et consommation sont comparées au même pas de mesure. L’énergie locale n’est affectée que lorsqu’il y a simultanément production et consommation.
Le consommateur peut recevoir une facture pour l’énergie locale et une autre de son fournisseur habituel pour le complément restant.
3. Le cadre réglementaire en 2026
Pour une ACC étendue, la distance entre les deux participants les plus éloignés est en principe limitée à 2 km.
En métropole continentale, la puissance cumulée des installations de production doit rester inférieure à 5 MW. Pour le solaire, on retient la puissance crête.
Une demande motivée peut permettre une extension jusqu’à 10 km lorsque l’ensemble des participants est situé sur des communes rurales ou périurbaines éligibles.
Pour les projets exclusivement situés sur des communes rurales, la distance maximale peut être portée à 20 km dans les conditions prévues par l’arrêté.
Depuis l’évolution législative de 2025, une ACC étendue alimentée en électricité renouvelable peut avoir des points situés sur le réseau public de distribution. Les configurations particulières doivent être validées avec le GRD.
Pour les nouvelles conventions relevant du régime applicable depuis le 1er juillet 2026, les coefficients de répartition doivent être transmis selon les nouveaux délais fixés par la réglementation et la documentation du gestionnaire de réseau.
4. Pour qui et quels bénéfices ?
Mieux valoriser une production locale, diversifier ses débouchés et sécuriser une relation directe avec des consommateurs proches.
Accéder à une énergie locale sans devoir investir dans sa propre centrale et stabiliser une partie du coût de l’électricité.
Relocaliser la valeur énergétique, créer un projet visible et associer entreprises, habitants ou équipements publics.
Un même acteur peut autoconsommer une partie de sa production sur site et partager le reste avec d’autres participants, selon le montage retenu.
5. Qui fait quoi ?
Produit l’électricité et organise sa vente ou sa mise à disposition dans l’opération.
Achète ou reçoit une part d’énergie locale et conserve son fournisseur pour le complément.
Relie les participants, formalise l’opération et dialogue avec le gestionnaire de réseau.
Mesure les flux, applique la répartition et met à disposition les données correspondantes.
6. La PMO : forme juridique, statuts et gouvernance
La Personne Morale Organisatrice est le « chef d’orchestre » de l’opération. Tous les producteurs et consommateurs doivent être liés au sein d’une personne morale, sauf cas particuliers prévus par la loi.
Quelle forme juridique choisir ?
Très utilisée pour les opérations ouvertes : création relativement simple, souplesse des adhésions et gouvernance adaptée à un collectif local.
Peut convenir lorsque les participants souhaitent une structure économique plus formalisée ou lorsqu’il existe déjà une société porteuse.
Adaptée aux projets territoriaux ou citoyens souhaitant associer plusieurs catégories d’acteurs dans une gouvernance coopérative.
Une structure existante peut parfois assurer le rôle de PMO si son statut et la composition de l’opération le permettent.
Une copropriété peut constituer la personne morale d’une opération dans certaines configurations, avec des règles de décision adaptées.
Le Code de l’énergie prévoit un régime spécifique permettant au bailleur d’assurer directement le rôle de PMO avec ses locataires et, dans certains cas, des tiers.
Les missions de la PMO
Avant le démarrage
Créer ou identifier la structure, faire adhérer les participants, recueillir leurs accords, préparer la convention Enedis et définir les règles de répartition.
Pendant l’exploitation
Gérer les entrées et sorties, transmettre les modifications au GRD, suivre les données, faire évoluer les clés et organiser la vie du collectif.
Facturation / mandat
Selon le montage, la PMO peut aussi recevoir un mandat de facturation ou s’appuyer sur un prestataire pour éditer les factures et suivre les paiements.
Traçabilité
Conserver les accords des participants, les versions de la convention, les décisions de gouvernance et les documents utiles en cas de contrôle.
Animation du collectif
Informer les participants, organiser les décisions utiles et maintenir une bonne compréhension des règles de partage et de facturation.
Outils de gestion
Tableau de bord, données mensuelles, API ou logiciel dédié peuvent faciliter les entrées / sorties, le suivi énergétique, la facturation et la traçabilité.
7. Quels documents faut-il signer, et entre qui ?
Une opération ouverte repose sur plusieurs relations juridiques différentes. Il ne faut pas tout mélanger : adhésion à la PMO, participation à l’ACC, données de comptage et vente d’électricité sont des sujets distincts.
8. Les clés de répartition
Les coefficients déterminent quelle part de la production disponible est affectée à chaque consommateur, à chaque pas de mesure.
- Pourcentage défini à l’avance pour chaque consommateur.
- Simple à expliquer et à contractualiser.
- Peut être moins performant lorsque les profils changent fortement.
- Les coefficients peuvent varier selon les pas de mesure.
- Permet d’adapter la répartition aux profils de consommation.
- Nécessite une gestion plus fine des données et des règles.
- Enedis peut appliquer une répartition au prorata des consommations lorsque le dispositif choisi le prévoit.
- Solution simple pour certains collectifs.
- À comparer avec une stratégie de répartition optimisée.
- Depuis le 1er juillet 2026, les modalités de transmission des coefficients ont évolué pour les nouvelles conventions concernées.
- Les coefficients sont communiqués en amont selon les délais de la documentation technique du GRD.
- La réglementation permet également, lorsque la documentation du GRD le prévoit, des mécanismes fondés sur un ordre de priorité d’affectation.
9. Vente, contrats & facturation
Convention PMO / Enedis
Elle formalise l’opération, les participants, les points de livraison, les responsabilités et les modalités de répartition.
Contrat producteur / consommateurs
Lorsque l’électricité locale est vendue, il faut fixer prix, durée, indexation, facturation, sortie et responsabilités.
Fourniture de complément
Chaque consommateur conserve un contrat avec son fournisseur pour la part non couverte par l’énergie locale.
Acheteur du surplus
Le producteur doit prévoir la valorisation de l’électricité qui n’est pas consommée dans l’opération.
Le gestionnaire de réseau calcule les volumes affectés ; la facturation de l’énergie locale entre participants reste à organiser dans le montage contractuel de l’opération.
Que prévoir dans le contrat de vente locale ?
Prix HT du kWh, date d’effet, formule éventuelle de révision et information en cas de changement.
Durée d’engagement, préavis, résiliation, changement de locataire ou fermeture d’un site.
Préciser s’il existe ou non un engagement de volume. De nombreux projets solaires ne garantissent pas un volume fixe.
Périodicité mensuelle, trimestrielle ou autre, données utilisées, délai de paiement et traitement des impayés.
Identifier clairement les taxes et obligations de déclaration applicables au producteur / vendeur d’électricité.
Prévoir ce qui se passe en cas de modification réglementaire, de sortie de l’ACC ou d’indisponibilité de la centrale.
10. Données de comptage, consentements et RGPD
L’ACC fonctionne grâce aux courbes de charge. Avant l’intégration d’un participant, les accords nécessaires à l’utilisation et à la transmission de ses données doivent être recueillis et conservés.
La PMO doit pouvoir démontrer que le participant a accepté l’opération et le traitement nécessaire de ses données, sauf régime spécifique prévu par la loi.
Les accords et autorisations doivent être archivés afin de pouvoir répondre à une demande de contrôle.
À chaque changement de participant, la PMO transmet la modification au gestionnaire de réseau et met à jour ses documents internes.
Enedis met à disposition des données de fonctionnement de l’opération, un tableau de bord et des interfaces API pouvant faciliter les échanges de données et certaines mises à jour.
11. TURPE, accise, TVA et fiscalité
L’énergie locale de l’ACC utilise le réseau public : il faut donc distinguer ce qui relève de l’acheminement, de l’accise et de la facturation commerciale.
L’utilisation du réseau reste prise en compte. Des options tarifaires spécifiques peuvent exister selon la configuration électrique du collectif.
Le producteur reste soumis aux composantes liées à son contrat d’accès au réseau pour l’injection.
Depuis la loi de finances pour 2025, l’électricité renouvelable produite par une installation de moins de 1 MW et consommée dans une opération d’autoconsommation collective peut bénéficier d’un tarif nul d’accise lorsque les conditions légales sont remplies.
Le Conseil d’État a confirmé le 30 mars 2026 que le tarif nul n’est pas réservé aux opérations avec liaison physique directe : il peut aussi s’appliquer aux opérations d’ACC étendue respectant les conditions prévues par la loi.
Tarif nul d’accise ne signifie pas facture sans coût réseau : le TURPE, les autres composantes applicables et le complément fourni par le fournisseur habituel restent à prendre en compte.
La vente d’électricité locale reste une activité à traiter correctement en matière de TVA, facturation et comptabilité selon la situation du producteur, de la PMO et des participants.
12. Que devient le surplus ?
Lorsque la production disponible dépasse la consommation du collectif, le surplus n’est pas perdu. Il doit être valorisé selon un contrat adapté au producteur : obligation d’achat si le projet y est éligible, acheteur de marché ou autre dispositif applicable.
13. Peut-on intégrer une batterie ?
Oui. Le Code de l’énergie prévoit explicitement le stockage dans une opération ACC.
La quantité stockée est considérée comme une consommation de l’opération.
La quantité déstockée est considérée comme une production de l’opération.
Le stockage doit donc être intégré au schéma de comptage, à la convention et à la stratégie de répartition. Il faut aussi vérifier les conséquences sur le raccordement, le contrat d’achat éventuel et la conformité électrique.
14. Quand une ACC est-elle économiquement intéressante ?
La rentabilité ne dépend pas seulement de la quantité d’électricité produite. Il faut croiser production et consommation au bon pas de temps.
Prix local de vente, taux de valorisation dans l’ACC, surplus, CAPEX, OPEX, raccordement et frais de gestion.
Comparer le prix de l’énergie locale au coût réel du fournisseur, en intégrant le TURPE et, lorsque les conditions sont remplies, l’avantage lié au tarif nul d’accise.
L’énergie qui transite par le réseau public reste soumise aux règles d’acheminement. Des options spécifiques existent dans certaines configurations, notamment lorsque tous les participants sont en aval d’un même poste HTA/BT.
PMO, facturation, données, comptabilité, changements de participants et éventuels outils numériques ont un coût à intégrer.
15. Aides et financement des études
Les aides varient beaucoup selon la région, le type de porteur de projet et l’année. Elles doivent être recherchées avant d’engager les dépenses lorsque le dispositif l’exige.
ADEME, Régions, syndicats d’énergie ou fonds européens peuvent ponctuellement soutenir les études de faisabilité ou l’ingénierie.
Certaines collectivités ou appels à projets soutiennent les centrales, ombrières, outils de pilotage ou projets énergétiques territoriaux.
Un projet ACC peut également s’inscrire dans un programme territorial, citoyen ou de transition énergétique.
Une aide ancienne ne doit jamais être présentée comme encore disponible. Il faut contrôler le guichet et la date avant toute communication commerciale.
16. Les étapes pour monter un projet ACC
Définir l’objectif
Valoriser une centrale, réduire les factures, sécuriser un prix local ou créer une boucle énergétique territoriale.
Identifier les participants
Rechercher des consommateurs aux profils complémentaires, vérifier leurs courbes de charge, leur compteur et leur localisation.
Faire l’étude technico-économique
Simulation au pas de mesure, production / consommation, taux de partage, prix local, surplus et rentabilité — même si la centrale est encore en développement.
Structurer la PMO
Choisir la structure, organiser la gouvernance et encadrer les relations entre participants.
Définir les clés
Choisir la méthode de répartition adaptée aux profils et aux objectifs économiques.
Contractualiser
Convention Enedis, contrats entre participants, complément et valorisation du surplus.
Mettre en service
Valider les points de comptage, données et paramètres nécessaires au démarrage.
Piloter dans la durée
Suivre les volumes, factures, coefficients, entrées / sorties et performance réelle.
17. Après la mise en service : gérer l’opération dans la durée
Une ACC n’est pas terminée le jour de son démarrage. Il faut organiser son exploitation administrative, énergétique et financière.
Récupérer les données
Production, consommation, énergie affectée et surplus.
Éditer les factures
Appliquer le prix contractuel et la périodicité prévue.
Gérer les paiements
Recouvrement, prélèvement éventuel et traitement des impayés.
Faire évoluer les clés
Adapter la répartition aux consommations et aux nouveaux participants.
Entrées / sorties
Adhésion, accords, contrats et mise à jour auprès du GRD.
Piloter la performance
Suivre taux d’autoconsommation, taux de couverture, surplus et équilibre économique.
18. Les points de vigilance
Deux sites peuvent avoir la même consommation annuelle mais des courbes de charge très différentes.
La distance, le gestionnaire de réseau et la configuration électrique doivent être contrôlés au cas par cas.
Un locataire, un commerce ou une entreprise peut quitter le collectif. Les règles doivent l’anticiper.
Une mauvaise stratégie de surplus peut dégrader fortement l’équilibre économique du producteur.
Facturation, données, comptabilité et PMO ne doivent pas être découverts après la mise en service.
Les règles de répartition ont changé en 2026 et continueront d’évoluer en 2027.
Exemple : ce qui se passe sur un quart d’heure
Les 30 kWh sont affectés entre les consommateurs selon la clé applicable à ce pas de mesure. Si un consommateur a encore besoin d’électricité après cette affectation, son fournisseur habituel couvre automatiquement le complément.
20. Questions fréquentes
Sources réglementaires principales
Références vérifiées pour cette version du guide :
• Code de l’énergie – chapitre relatif à l’autoconsommation
• Arrêtés et décrets applicables au périmètre, à la puissance et aux clés de répartition
• Modèle de convention et documentation de mise en œuvre Enedis
• Documentation CRE relative au TURPE
• Doctrine fiscale DGFiP / BOFiP applicable à l’électricité et décision du Conseil d’État du 30 mars 2026 sur le tarif nul d’accise en ACC
•
• Dispositifs ADEME et territoriaux, vérifiés au cas par cas selon leur période d’ouverture
Les règles peuvent évoluer. Pour un projet réel, la vérification doit être faite à la date de conventionnement et de mise en service.
